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Livre francophone : ce futur poumon que pourrait être la RDC

 

En 2050, le plus grand bassin francophone sera la République démocratique du Congo (RDC). Sa population va plus que doubler. De 87 millions d’habitants en 2019, elle va atteindre les 180, voire 210 millions en 2050. En 2018, le pays comptait 63 millions de francophones, un niveau qui la mettait juste derrière la France. Véritable locomotive démographique, la RDC attire les regards également par ses richesses naturelles. Sa forêt qui couvre 66 % du pays est qualifiée de « deuxième poumon vert de la planète ». Elle frappe par l’immensité de son territoire situé entre la région des Grands Lacs, le Nigeria et l’Afrique australe, mais aussi par sa mosaïque linguistique de plus de 200 dialectes. Quatre langues nationales ont le statut de langue officielle dans un pays qui compte trois pôles culturels majeurs autour de Kinshasa, Goma et Lubumbashi.

Cela dit, la RDC est aussi souvent citée pour le niveau de pauvreté élevé de sa population, dont 73 % vivaient avec moins de 1,90 dollar par jour en 2018, selon la Banque mondiale, mais aussi pour les conflits qui sévissent depuis plusieurs décennies, notamment dans le nord-est du pays.

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Un marché restreint aux « livres utiles »

Dans ce contexte, le marché du livre en langue française reste encore restreint, au contraire du Cameroun voisin où l’économie du livre s’est davantage développée. En RDC, le livre se résume en grande majorité aux « livres utiles », à savoir les manuels scolaires, les livres professionnels ou de formation, et aux ouvrages religieux. Il existe néanmoins des éditeurs de bandes dessinées, comme les éditions Elondja, ou de littérature générale avec, par exemple, les éditions Nzoi.

Acheter un livre est un luxe pour la majorité de la population. Ceci est bien sûr un frein à l’émergence du marché du livre francophone. Celui-ci est estimé en 2019 à 1,4 million d’euros, essentiellement pour des livres en langue française édités localement. Son faible réseau de diffusion ne permet pas de proposer une offre littéraire accessible à tous sur cet immense territoire qui comptait une librairie pour près de 5 millions de francophones en 2019. À titre de comparaison, ce rapport était d’une librairie pour plus de 700 000 francophones au Cameroun ou pour moins de 8 000 francophones en Belgique, le réseau le plus dense de l’espace francophone.

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Une édition locale limitée

Les revenus des éditions congolaises en langue française proviennent principalement d’éditions scolaires avec une estimation de quelques centaines de milliers d’exemplaires prescrits vendus en 2019, un volume paradoxalement bas au regard de la taille de la population scolaire du pays. En effet, les manuels sont largement fournis par de grands éditeurs internationaux, laissant peu de place à l’émergence d’éditeurs locaux.

Avec 20 millions d’élèves scolarisés et 46 % de la population âgée de moins de 14 ans en 2019, la jeunesse congolaise et le volume de la population scolarisée dans le pays attirent naturellement les géants internationaux de l’édition francophone, principalement les Français et les Québécois. Dernièrement, les Indiens ou les Sud-Africains se sont fait une place. Ils se positionnent sur les marchés scolaires encadrés par les bailleurs internationaux qui accompagnent l’État congolais et financent les achats de manuels scolaires à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ils profitent ainsi de structures comme le Partenariat mondial pour l’éducation, un fonds multilatéral qui a permis, entre autres, la production de manuels scolaires financés grâce aux 7,4 milliards de dollars de dons reçus de 29 pays depuis 2003. Ces projets de développement se tournent de plus en plus vers le financement d’éditions scolaires en langue nationale pour maximiser les impacts éducatifs recherchés sur les plus jeunes, ce qui pourrait influer sur la place du français comme langue principale d’éducation à l’avenir.

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Un marché difficile à évaluer

Compte tenu de ces réalités multiples, projeter le marché du livre en langue française en RDC n’est pas un exercice aisé. L’étude « Le livre en langue française dans le monde en 2030 et 2050 », publiée lors des États généraux du livre en langue française dans le monde à Tunis en 2021, permet d’avoir une idée quand même. En 2030, les estimations donnent un marché entre 6 et 7 millions d’euros issus des ventes de livres édités localement, plus de quatre fois le marché actuel. Ces projections se fondent sur les signaux positifs du marché actuel, avec en premier lieu la croissance démographique. D’autres relais de croissance encouragent cette vision avec des manifestations littéraires, comme la Fête du livre de Kinshasa, qui a tenu sa 7e édition en 2020, ou des initiatives numériques, comme la plateforme YouScribe, qui propose des éditions congolaises.

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En 2050, le marché sera multiplié par trois

En 2050, la vision du rayonnement du marché du livre en langue française en Afrique centrale projette les revenus à 235 millions d’euros, soit trois fois le marché actuel. Dans ce marché régional principalement dominé par le Cameroun, la RDC a sa place à prendre pour contribuer à ce développement, en apportant d’abord des solutions à ses principales contraintes. Celles-ci se retrouvent avant tout dans le fléau du piratage, dans le poids du marché informel qui rend plus complexe la structuration de la filière du livre, dans la faiblesse du réseau de diffusion de livres dans le pays ou encore dans le manque de cadre institutionnel du livre.

Ce cadre est représenté actuellement par la Bibliothèque nationale du Congo, dont l’action est bridée par des moyens limités. Il n’existe pas de service public additionnel, comme une direction du livre. Il n’y a pas une réglementation propre au marché du livre en RDC. Ce volet institutionnel est peut-être la première étape à franchir pour accompagner activement les acteurs du livre congolais actuels et pour favoriser l’émergence de professionnels sur toute la chaîne du livre, de quoi renforcer pleinement son rôle en réponse aux enjeux socio-économiques du pays, à commencer par celui de l’éducation.

AFP

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