Le Rwanda, serial prédateur

Kigali a mis en coupe réglée l’ouest de la République démocratique du Congo et ne veut pas qu’on le prive des devises de ses rapines : les « minerais du sang ».

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Et le choix du secrétaire d’État se s’inviter dans les affaires congolaises est loin d’être un hasard. Commençons par les raisons économiques :

La RDC est un « scandale géologique » : à lui seul ce géant francophone de 80 millions d’habitants, 5 fois grand comme la France, produit les deux tiers du cobalt mondial, un minerai crucial pour les batteries dont a tant besoin l’industrie automobile.

Mais ce n’est pas tout : on trouve là-bas tout ce dont l’industrie moderne des puces, des télécommunications et de la chimie fine peut rêver : coltan, or, tantale, cassitérite, wolframite. Ça mérite bien le voyage !

Faire baisser les tensions entre le Rwanda et la RDC

C’est vrai que tout le monde est inquiet : les deux pays se sont fait la guerre deux fois, sur le sol congolais et avec à la clé des millions de morts. Or, depuis plusieurs semaines maintenant, un groupe de rebelles appelé M23 refait parler de lui.

On le croyait débandé ou du moins endormi depuis plusieurs années, le voilà réarmé et multipliant les opérations contre l’armée congolaise dans ce qu’on appelle les « deux Kivu », à savoir les régions frontalières entre Rwanda et RDC.

Or, ces « deux Kivus » sont une des plus riches régions minières du Congo et on sait, par ailleurs, que le Mouvement M23 est composé exclusivement de tutsis congolais qui ne cachent ni leurs liens présents et passés avec le régime de Paul Kagamé.

Quel rapport entre ces rebelles et les minerais rwandais ?

C’est très simple : en pourchassant les génocidaires de 1994 qui avaient trouvé refuge côté congolais, le Rwanda s’est vite rendu compte du bénéfice qu’il y avait à contrôler les ressources minières de la région et notamment le coltan et le tantale.

Le Rwanda qui ne possède pas une seule mine de coltan ou de tantale est devenu, en quelques années, respectivement le 1er et le 3e exportateur mondial de ces « minerais du sang ». Un tiers du coltan mondial passe ainsi par le Rwanda et échappe à la RDC ! En clair, le Rwanda se comporte comme une puissance coloniale à l’ancienne.

Or, en 2019 le pouvoir a changé à Kinshasa : Joseph Kabila, que les Congolais surnommaient « le Rwandais » a été remplacé à la présidence par Félix Tshisekedi qui, lui, n’est pas un ami de Kigali. Ses dernières semaines, les tensions sont donc à leur comble.

Qui peut servir d’intermédiaire ?

Pas Londres qui vient de signer avec Kigali un accord incroyable : c’est au Rwanda que les Britanniques instruiront les demandes d’asile pour la Grande-Bretagne ! Ni Paris, qui vient à peine de faire la paix des mémoires sur le génocide de 1994. Pas question donc, ni pour l’un ni pour l’autre, de se fâcher avec Kagamé.

Moscou, pour le coup, compte pour peu dans cette sous-région. Reste Washington : les Etats-Unis sont un allié indéfectible du Rwanda depuis qu’ils se sentent coupables de n’avoir rien fait pour arrêter le massacre d’un million de tutsis, toujours en 1994.

Mais justement, ils ont pris l’habitude de ne rien exiger de trop contraignant de Paul Kagamé. Or, le Rwanda vient justement d’inaugurer une fonderie dernier cri de coltan !

Pourquoi gâcher des investissements aussi lourds et aussi prometteurs alors que les Etats-Unis sont, par exemple, le 1er client du Coltan rwandais et que le régime de Kigali est si fiable, si policé… et pour cause ! C’est une épure de dictature militaro-policière.

RFI

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