L’Abbé François KABASELE-LUMBALA descend les 13 évêques auteur du dernier message sur les élections: » C’est désolant de la part de ceux qui revendiquent la mission d’être des « formateurs de consciences » ; car on ne forme personne si on est pessimiste ! »

Connu pour ses déclarations qui ont souvent dérangé, Monsieur l’Abbé François KABASELE-LUMBALA se tourne vers les pères de l’Eglise qui viennent de signer un message sur les élections combinées du 20 décembre 2023. L’auteur du message fustige la position de ces treize évêques signataires qu’il qualifie de pessimistes et peu courtois à l’endroit du peuple congolais, en général, et du président réélu, Félix Tshisekedi Tshilombo, en particulier, à qui ils n’ont même pas présenté les félicitations pour sa réélection.

Lettre à nos Evêques catholiques de la R.D.C.

Nous venons de recevoir l’avis d’un groupe d’Evêques catholiques sur les élections qui viennent de se dérouler dans notre pays. Pour eux, c’est un « chaos », un « imbroglio », une « fraude » planifiée… Rien de neuf, rien de positif, rien d’encourageant pour notre peuple, pas même un mot de félicitations au nouveau président de la République. C’est désolant de la part de ceux qui revendiquent la mission d’être des « formateurs de consciences » ; car on ne forme personne si on est pessimiste ! Non, il est temps que notre Eglise s’occupe prioritairement de la pastorale et de la proclamation de l’Evangile de Jésus Christ ; l’Evangile est d’office « optimiste » sur l’homme, car l’homme est le chemin de Dieu, la route de l’Eglise, disait St Jean-Paul II.
Depuis cinq ans, depuis la propagande de « la vérité des urnes », où l’organe communautaire de nos Evêques n’a cessé de soutenir que les votes du peuple revenaient à celui qui n’était pas proclamé
« président de la République ». Depuis lors, l’« Eglise catholique » (soit disant) s’est embourbée dans un soutien mal voilé à l’ « opposition ». Il suffit de lire les publications de la « Commission épiscopale des communications sociales » pour s’en rendre compte : les avis et accusations émanant de l’« opposition » sont relayées à toutes les occasions ; et très rarement les avis du gouvernement et des responsables sociaux de l’Etat sont rapportés tels quels ; très souvent c’est le pessimisme qui règne dans ces papiers ; il faut y glaner de rares mentions positives, du côté de l’Etat. Les élections que des « haut parleurs » de la CENCO avaient d’abord essayé de tuer dans l’œuf, de concert avec les « opposants », et dont ils avaient prédit d’être « chaotiques », ont enfin eu lieu. Oui, il y a du pourri dans le fruit, mais tout le fruit n’est pas pourri ; il n’est pas à jeter à la poubelle. Les « opposants » qui n’en voulaient pas d’abord, puis qui s’y sont ralliés malgré eux et sans aucun programme commun, les ont rejetées et y ont trouvé d’« innombrables » irrégularités ; l’organe de presse de notre Conférence épiscopale du Congo répète la même chanson des
« irrégularités »; on y laisse entendre, entre les lignes, que même l’organe institutionnel de régulation, la cour constitutionnelle, ne mérite aucune confiance ; et la dernière lettre de la CENCO affirme même que cet organe stimule à des « antivaleurs ». L’avant dernier numéro de la commission épiscopale des communications sociales, sans aucun bémol, se fait l’écho de Corneille Nangaa ainsi que de ses incitations à la déstabilisation et au renversement des institutions de la République. Nous ne pouvons pas laisser notre Eglise catholique devenir le hautparleur des groupes de déstabilisation de la République !
Mes Seigneurs les Evêques, nombreux sont prêtres et fidèles catholiques qui se lassent de votre soutien unilatéral et subjectif aux « opposants », soutien faussement présenté comme collectif aux Evêques catholiques. Quelques jours avant le 20 Décembre, quand un lieu de culte a été brûlé, la lettre du président de la Conférence épiscopale des Evêques du Congo avait omis de mentionner l’origine de l’altercation entre l’opposant et un groupe de jeunes de l’UDPS, altercation qui avait généré cet incendie du temple protestant ; la lettre du président de la CENCO n’avait pas non plus signalé que l’opposant en question s’était enfui pour s’enfermer dans ce même lieu de culte. Le peuple qui s’est mobilisé pour voter massivement, seul fait positif relevé par nos Evêques, n’attend pas d’eux des mots d’ordre pour savoir ce qu’il doit faire en politique, cette science que nos Evêques connaissent mal et qu’ils sont loin de maitriser. Mes Seigneurs les Evêques, l’ordination épiscopale ne vous donne pas le monopole du don de « prophètes » en matière sociale et politique; l’Eglise comme institution, mais aussi tout baptisé, est « prophète » ; être prophète dans l’économie du salut en Christ, ce n’est pas semer le désarroi et le doute dans les consciences ; être prophète, c’est indiquer la volonté de Dieu, c’est prêcher à chacun la conversion à l’amour de Dieu et du prochain. Dans la plateforme des groupes religieux du Congo, vous n’avez pas su vous dépasser pour tirer à la même corde ; vous vous êtes mis à part, avec une formation d’Eglise protestante, pour prétendre parler au nom de toutes les autres confessions. Vous nous avez discrédités, par cet orgueil, et ces prétentions.
Les tâches d’Eglise sont légion et en tant que « pères » de nos Eglises, vous voir vous y pencher répondrait à nos premières attentes. Dans votre bouche, c’est de plus en plus rare d’entendre fustiger l’exploitation de la foi des fidèles dans les quêtes innombrables organisées au sein de nos assemblées cultuelles au profit du bien-être de nos prêtres et pasteurs ; avons-nous été honnêtes avec l’Etat congolais qui nous a confié de grosses sommes d’argent pour des œuvres sociales ? Elles sont rares sur vos lèvres, les remontrances à la qualité médiocre des prédications au cours des messes, prédications qui s’alignent de plus en plus sur les campagnes d’évangélisation et les harangues interminables propres aux Eglises de réveil, ignorant carrément qu’une homélie chez les Catholiques est un acte liturgique ; les traductions de la parole de Dieu dans nos langues congolaises, la traduction de la prière du temps présent en nos langues et selon le génie de nos cultures, rares sont ceux qui s’en occupent encore ; nous nous contentons des hymnes et des expressions artistiques des Français, des Italiens et des Anglais ; les messes de nos jeunes congolais se célèbrent presque partout dans des langues étrangères, comme si notre mission en Afrique était de préparer sur notre continent la relève des Eglises de France et des Anglo-saxons ! La pastorale de l’inculturation du message chrétien, n’est plus qu’une lettre morte, un dossier qui sommeille dans les tiroirs, depuis la mort du Cardinal Malula, du cardinal Monsengwo, de Mgr Matondo et de quelques protagonistes. Ce n’est pas le travail qui manque pour que nos Evêques s’engouffrent dans les méandres politiques. Il est temps de laisser les institutions de l’Etat mûrir et progresser, même avec des irrégularités. Accompagnons-les de notre prière ; suscitons des associations laïques pour poursuivre les discussions politiques. En tant que membres du clergé, penchons-nous d’abord sur les tâches prioritaires de l’Eglise de Jésus-Christ : la prière et la célébration du salut en Christ (Sacrosanctum Concilium, §7,§10).
Mes Seigneurs les Evêques catholiques du Congo, je ne suis qu’un pauvre vieux prêtre à la retraite, et qui s’efforce de continuer à répondre « oui » à l’appel de Dieu au ministère sacerdotal, depuis une cinquantaine d’années ; je ne prétends pas vous donner des leçons, mais je laisse mon cœur s’épancher devant vous les pères de notre Eglise du Congo, dans un souci de partage et de piété filiale. Je vous en prie, n’enfermez pas l’Eglise catholique dans les opinions et penchants politiques de certains d’entre vous, qui profitent du poids de l’institution catholique pour peser sur l’opinion publique ; ce serait funeste pour notre Eglise. Il est grand temps que l’on réorganise ce secrétariat général de la CENCO et que l’on confie à un journal catholique aux mains des journalistes clercs et laïcs catholiques, indépendants de la CENCO, le soin de diffuser des opinions et analyses politiques des situations, selon le flair des valeurs évangéliques.

Abbé François KABASELE-LUMBALA 18 Janvier 2024

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