Honoré Ngbanda vu par Gabriel René Kwambamba Mampem

Honoré Ngbanda a eu une personnalité très complexe: philosophe, officier des renseignements, ambassadeur, ministre, écrivain, pasteur, combattant de la lutte contre la balkanisation du Congo. Tout ça c’est lui.
Après des brillantes études en philosophie, l’ancien séminariste originaire du Nord Ubangi est vite récupéré par les services. C’est un certain Édouard Mokolo Wa Mpombo qui le recrute dans le domaine de renseignements. Et les élèves doués dépassent toujours leurs maîtres. Très bientôt, Ngbanda n’a plus besoin de son mentor pour se faire valoir auprès du président Mobutu qui fit de lui son homme de confiance. En témoigne les différents postes de responsabilité dont le portefeuille de la défense qu’il dirige dans plusieurs gouvernements de transition des années 90. Ce qui lui vaut la jalousie aussi bien des généraux affairistes que des hommes politiques à commencer par Etienne Tshisekedi qui lui colle l’étiquette de neveu de Mobutu. Ce qui est faux, Ngbanda est d’Abuzi à des centaines des kilomètres de Yakoma, mais en politique tous les coups sont permis.
Analyste et visionnaire, il a occupé durant les dernières années de Mobutu le prestigieux poste de Conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité. Il était donc à la tête du Conseil National de Sécurité, entouré d’analystes venant de tous les quatre coins du pays, sans discrimination aucune. Et d’ailleurs le plus proche de ces analystes fut Musenga Muzumbi, venu du lointain Katanga mais qui était de toutes les missions du spécial Ngbanda. Ngbanda était un farouche défenseur de la méritocratie, ce qui explique la présence des cerveaux de toutes les provinces à ses côtés. Chaque matin, il consulte Sakasaka Maniani son directeur de communication pour avoir la température de l’actualité dans le pays et à travers le monde. C’est dire que l’homme se considérait avant tout comme un serviteur de la nation, patriote.

Il est tout aussi à l’aise dans les renseignements que dans la prédication de l’évangile. Il crée une église, Amor Dei, Amour de Dieu en latin, basé juste en face de se résidence. Ses prédications sont profondes, accompagnées d’un orchestre talentueux qu’il met en place, Vox Dei. Ses détracteurs le voient dans tous les coups, sans la moindre preuve. On le surnomme Terminator. Un jour il retourne chez lui et trouve ses enfants plongés à suivre un film d’action. Il demande, mais c’est qui cet homme qui tire sur tout,sa fille cadette lui dit :  » c’est toi papa ». « Comment ça », réagit Ngbanda,.  » Mais c’est Terminator, n’est ce pas ton sobriquet ». Très marqué, Honoré, après un bref silence, fait comprendre à sa fille qu’il est loin de cette caricature des journaux, qu’il est un homme qui a la crainte de Dieu et qui respecte ses préceptes.

A la chute du Maréchal Mobutu, il prend lui aussi la route de l’exil. Il précède le Maréchal à Lomé, avant de s’installer en France où il mène depuis 2004 le combat contre l’occupation du Congo. Il est l’un des rares politiques congolais qui ont excellé dans l’écriture pour donner sa version des faits historiques, mais aussi pour témoigner, pour interpeller et pour dénoncer les forces du mal qui ont mis le pays de Lumumba sous leurs coupes avec la complicité de leurs vassaux africains. On peut le considérer à juste titre comme celui qui a suscité l’éveil chez les Congolais de la diaspora sur la menace de la balkanisation d’un Congo déjà occupé. Il terminait ses messages par ce cri de guerre: Ingeta! La nébuleuse appelée « combattants » se retrouvait en lui en depit de toutes sortes de manipulation. Son point faible:
il avait apparemment une haute idée de lui même. Et ce complexe faisait qu’il soit en conflit avec beaucoup. Mais somme toute c’est un grand patriote qui est parti. Il avait du reste prévenu : » si je meurs, que la nouvelle génération continue le combat pour un Congo libre, digne et prospère « .

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