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Football : Les Léopards, l’incongruité

Incongruité, le mot peut paraître fort, mais bien à propos, au regard du dernier programme de préparation des Léopards de la République démocratique du Congo, publié par la Fédération congolaise de football association (Fécofa).

Le site officiel de l’instance dirigeante du football congolais informe sur les deux stages de préparation de l’équipe nationale, en prélude aux barrages des éliminatoires de la Coupe du monde Qatar 2022. Le premier a été prévu du 27 décembre 2021 au 7 janvier 2022 à Abou Dhabi, avec à la clé un match amical contre les Etalons du Burkina Faso. Et ce premier rassemblement ne concerne que les joueurs évoluant au pays, communément appelés les « Locaux », et quelques uns qui jouent dans deux pays africains, notamment au Maroc et en Tanzanie.

Le second rassemblement, prévu du 24 janvier au 7 février 2022, serait consacré aux joueurs de l’équipe A, celle qui a disputé les éliminatoires de la Coupe du monde dans le groupe J. Mais l’on apprend que le ministère des Sports aurait annulé le voyage d’Abou Dhabi au profit du Caire, en Egypte. Le sélectionneur Hector Cuper aurait subi des pressions d’une agence de voyage d’un certain Kamel, sujet franco-algérien, qui serait de connivence avec le ministère des Sports, afin de délocaliser le lieu du stage. Tout cela paraît rocambolesque. 

Les Léopards, rappelons-le, se sont qualifiés aux dépens des Ecureuils du Bénin, des Taifa Stars de la Tanzanie et des Baréa de Madagascar. Les barrages, dernière étape de ces éliminatoires de la Coupe du monde, auront lieu entre le 21 et le 29 mars 2022. Sélectionneur des Léopards, l’Argentin Hector Cuper a donc réussi, en six journées des éliminatoires, à former un groupe avec principalement des joueurs évoluant en Europe et en Asie. Malgré cela, il a déclaré que son équipe pourrait être remaniée à 60 %, en pensant intégrer des joueurs de qualité évoluant dans de championnats huppés en Europe. Mais cela n’est visiblement pas la vision de quelques personnes à la Fécofa. Déjà, lors des éliminatoires, Cuper résistait à une imposition des joueurs évoluant au pays, dans les clubs disputant le championnat de la Ligue nationale de football (Linafoot). L’expérimenté technicien argentin est resté de marbre, rivé sur la qualification du groupe qu’il a construit.

Comment pourrait-il incorporer ces joueurs « locaux » qui prestent dans un championnat qui a perdu de sa superbe et dont le niveau décline au fil des saisons ? Tenez, les quatre clubs engagés en compétitions africaines interclubs sont tous éliminés techniquement. Mazembe et Maniema Union ont été débarqués au deuxième tour préliminaire de la Ligue des champions par des clubs sud-africains. V.Club a quitté la Coupe de la Confédération au deuxième tour préliminaire, alors que Daring Club Motema Pembe n’a pas pu accéder à la phase des groupes de la C2 africaine. Reversé en Coupe de la Confédération, Mazembe s’est qualifié non sans peine en phase des groupes. C’est donc au sein de ce championnat dont le calendrier n’est jamais respecté et où l’on retrouve un club qui joue un match de championnat parfois après un mois, que l’on veut dénicher des joueurs à insérer en sélection, aux côtés de ceux qui évoluent de manière régulière en Europe !

Dans l’annonce de la Fécofa, ce stage des « locaux » et des joueurs évoluant en Afrique permettrait au sélectionneur de « mettre à niveau ces footballeurs et leur inculquer ses plans et sa philosophie tactique ». Est-ce le rôle du sélectionneur ? Un joueur ne vient pas apprendre en sélection, cela se fait en club. Quel est l’intérêt d’intégrer un joueur local en sélection ? Est-il meilleur à son poste par rapport à celui qui joue régulièrement ses matches en club dans un championnat acceptable en Europe ?

Une autre contingence, par rapport à ce stage, c’est la disponibilité de ces joueurs, aussi bien au premier stage qu’au second. Doit-on les arracher à leurs clubs respectifs qui seront en compétition certainement, et les amener à ces deux rassemblements en dehors de date Fédération internationale de football association ? C’est à croire que ces deux stages ne figurent pas dans le calendrier de la Fécofa, et paraissent improvisés. Il sied de souligner que depuis peu, la Confédération africaine de football a pris la décision de s’occuper des finances de la Fécofa où il a été constaté de sérieux problèmes de gestion. L’initiative d’un stage réservé aux joueurs locaux apparaît clairement inopportune, budgétivore, du gaspillage finanicer. Ce serait judicieux de se concentrer uniquement sur la préparation de l’équipe qui va directement disputer la double confrontation des barrages en mars prochain.Martin Enyimo

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