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Double peine pour une jeune fille mineure (récit d’une histoire vécue)

 

J’étais à l’école secondaire dans un établissement mixte de Bukavu, dans la province du Sud Kivu. Dans ma classe j’avais pour voisine de banc une jeune fille originaire de la province.

Au début de l’année nos rapports furent un peu distants, mais très vite nous nous sommes rapprochés. Nous échangions nos notes lorsqu’un de nous deux avait été distrait pendant les cours. Et comme la plupart des élèves, il arrivait qu’on se “tuyaute » discrètement durant les interrogations écrites.

 

Elle était plutôt une élève douée et intelligente. Nos discussions étaient passionnées, personne ne voulant donner raison à l’autre.

Cette camaraderie était quelque peu trouble, sans doute à cause de cet âge de puberté (nous avions environ 15 ans) où nous étions en pleine phase de transformation de nos corps sous l’effet des hormones. Et les phéromones qui flottaient dans l’air à chaque fois que nous nous rapprochions pour converser à voix basse durant les cours restent un agréable souvenir.

 

Je ne connaissais pas grand-chose d’elle, à part qu’elle habitait Kadutu, une commune populaire de Bukavu où mes parents m’interdisaient de m’aventurer. Sa famille était modeste, cela se voyait car il lui manquait certaines fournitures que je lui prêtais volontiers. De même, je partageais avec elle mes goûters et tout ce que j’apportais à l’école.

 

En milieu d’année, elle a disparu pendant plusieurs jours. Une de ses camarades me dira qu’elle était malade. Elle est ensuite revenue, mais j’ai perçu comme un changement dans son comportement. Elle était un peu distante et moins loquace avec moi. Sa joie de vivre s’était quelque peu éteinte.

Au cours des semaines suivantes, j’ai commencé à avoir l’impression qu’elle avait un peu grossi, son nez semblait s’être épaissi, tandis que des boutons perlaient sur son visage.

Sur notre blanc en classe, elle s’éloignait de moi, alors que d’habitude on étaient taquins et je raffolais de l’envoûtante “odeur des filles” lorsqu’elle me poussait pour occuper une grande place. J’ai aussi remarqué qu’elle crachait régulièrement et discrètement dans un flacon qu’elle cachait dans son cartable.

 

Quelques mois plus tard, vers la fin de l’année, sa prise de poids était très remarquable. Elle n’était plus la jeune fille svelte que j’avais connue en début d’année scolaire, elle était devenue plus lourde, son visage semblait légèrement bouffi. Mais chose curieuse, son ventre avait plutôt un aspect normal.

 

Après les vacances de Pâques nous avons commencé à préparer les examens de la dernière période de l’année. Elle était toujours aussi studieuse, quoique beaucoup plus discrète. Il ne me semblait pas que ses notes scolaires avaient baissé.

 

Mais, à l’approche des examens de fin d’année, elle s’est encore absentée durant plusieurs jours. Et puis un jour il m’a semblé l’avoir aperçue dans la cour de l’école pendant que nous étions en classe, elle était accompagnée d’une dame, peut-être sa mère.

 

Nous avons passé les examens sans elle. Des bruits ont commencé à se répandre parmi les élèves à son sujet. J’étais si intrigué que j’ai insisté auprès de sa petite camarade pour connaître la raison de son absence aux examens et la vérité sur les bruits qui couraient.

Ce qu’elle me dit va me choquer profondément.

Cette jeune fille avait caché sa grossesse durant plusieurs mois en portant une gaine très serrée. En comprimant ainsi son ventre, elle voulait éviter que son état ne soit remarqué par la direction de l’école.

Mais quelqu’un l’a dénoncée et elle a été renvoyée. Certainement le jour où je l’avais aperçue dans la cour avec une dame.

 

Il était clair qu’elle voulait absolument passer les examens malgré son état, et probablement continuer sa scolarité après la naissance de son bébé. Pour cela elle avait mis en péril sa vie et celle de l’enfant en gestation en compressant dangereusement son ventre. De plus, elle venait à pied à l’école, parcourant chaque jour une importante distance à l’aller comme au retour.

 

Après cette année scolaire, mon père a été rappelé au siège à Kinshasa et nous avons dû quitter Bukavu, à regret pour moi car je m’étais attaché à des amis.

Je ne sais pas ce qu’il est advenu de cette jeune fille, ni si elle et son bébé avaient survécu.

 

Elle qui n’était encore qu’une enfant n’avait pu trouver un écho à sa détresse dans un système solaire qui est sans cœur pour les jeunes filles en cas de grossesse, et qui fonctionne sur la base de préjugés du genre profondément rétrogrades, où se mêle un puritanisme hypocrite.

Combien de destins broyés par ce système impitoyable et aveugle avec les jeunes filles scolarisées, qu’il s’agisse d’une erreur d’adolescence ou d’un viol juridiquement qualifié ?

Me Charles Kabuya 

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