L’historien flamand Érik Kennes, spécialiste de la région des Grands Lacs africains, a livré un diagnostic sans complaisance sur la situation en République démocratique du Congo (RDC) lors d’une audition parlementaire devant les élus fédéraux belges. Selon lui, la crise politico-sécuritaire que traverse le pays ne résulte pas seulement de l’agression étrangère à l’Est, mais aussi d’un effondrement interne des institutions congolaises, menaçant à terme l’unité même de la nation.
« La guerre à l’Est n’est qu’une moitié du problème »
Pour Érik Kennes, la guerre dans l’Est du Congo, souvent attribuée aux visées expansionnistes du Rwanda, ne saurait à elle seule expliquer le chaos actuel. « Oui, Kigali porte une responsabilité majeure, mais l’autre moitié du problème se trouve à Kinshasa», a-t-il lancé devant les parlementaires, appelant à une lecture globale du conflit.
Selon lui, le pays fait face à une crise multiforme, à la fois politique, institutionnelle et sociale, alimentée par la centralisation du pouvoir présidentiel, la corruption endémique et le manque de légitimité des institutions issues des scrutins de 2018 et de 2023. « Nous assistons à une dérive autoritaire inquiétante, à un affaiblissement de la démocratie et à une fracture croissante entre l’élite politique et la population», a-t-il ajouté.
Une gouvernance en crise profonde
L’expert belge a pointé du doigt un système politique épuisé, où « le train de vie de la classe dirigeante contraste avec la misère de la majorité». Selon ses estimations, 3,8 milliards de dollars ont été injectés depuis le début de la guerre, entre budget national et contributions privées, sans que les résultats ne soient visibles. “Où est passé cet argent ?”, s’est interrogé Kennes, dénonçant la dilapidation des fonds publics et l’absence de redevabilité.
Il a également mis en garde contre la tentation de modifier ou remplacer la Constitution de 2006, un projet en discussion à Kinshasa. “Ce serait un pas dangereux vers la consolidation d’un pouvoir sans contrepoids, avec le risque d’un report des élections de 2028”, a-t-il prévenu.
Le rôle clé des Églises : un espoir à long terme
Face à la défaillance de la classe politique, Kennes a salué le rôle des Églises catholique et protestante, qui ont lancé une initiative de refondation nationale visant à repenser les fondements de l’État congolais. Cette démarche prévoit un double dialogue : un dialogue inclusif entre acteurs politiques et un dialogue d’experts chargé de formuler des solutions concrètes et durables.
“C’est une des rares initiatives indépendantes, crédibles et écoutées dans le pays”, a-t-il estimé, en appelant la Belgique et la communauté internationale à la soutenir activement.
Un appel à la responsabilité internationale
L’historien a enfin exhorté la Belgique à jouer un rôle constructif dans la résolution de la crise congolaise, non pas en imposant des solutions extérieures, mais en accompagnant les forces congolaises qui œuvrent pour la paix. “Les véritables enjeux se jouent sur place, entre Congolais”, a-t-il rappelé, citant les propos d’un évêque congolais : « Nous pouvons aller à Washington ou à Paris, mais la paix du Congo se construira d’abord à Kinshasa et à Goma. »
Érik Kennes a mis en garde contre une “fragmentation lente mais certaine du pays”, si rien n’est fait pour restaurer la confiance, la transparence et la légitimité politique. “La RDC n’a pas besoin de nouveaux accords de paix, elle a besoin d’un nouveau contrat national”, a-t-il insisté, sous les applaudissements d’une partie des députés belges.
NGK





















































