Debora Kayembe sur le transfert des immigrés vers le Rwanda: « Franchement, je commence à me poser cette question : qui dirige finalement ce pays ? »

1. Les Lords britanniques ont exprimé, lundi 22 janvier, leur désapprobation à l’égard du texte porté par le premier ministre, Rishi Sunak, qui vise à expulser les migrants au Rwanda. Quelle est votre réaction ?

Le désaveu exprimé par les représentants de la chambre haute à l’égard de ce traité m’a surpris et j’en suis satisfaite. Car depuis l’avènement au pouvoir du parti conservateur, la ratification des traités ne passe pas facilement aussi bien à la chambre haute qu’à la chambre basse.  Aujourd’hui, je me rends bien compte que les représentants de la chambre haute commencent à prendre conscience du danger que représentent certains actes législatifs que le gouvernement britannique propose pour le pays. À propos de ce traité, les représentants de la chambre haute ont su démontrer loyalement que le pays d’accueil, en l’occurrence le Rwanda, n’est pas un État sécurisé pour ces réfugiés. Deux jours avant le vote de ce texte, ils ont posé une question directe au chef du gouvernement : « Pouvez-vous nous prouver que le Rwanda est un pays sécurisé pour ces réfugiés ? ». Il n’a pas su y répondre. Ainsi, le texte a été retoqué par une écrasante majorité des représentants de la chambre haute.

2. Et pourtant, en décembre 2023, la Cour suprême britannique avait jugé le projet illégal dans sa précédente version par crainte que les demandeurs d’asile soient ensuite transférés vers d’autres pays où ils seraient en danger. N’est-ce pas du cynisme à l’égard des gens qui veulent vivre dignement dans un pays plus sûr et où il fait bon vivre ?   

En privé, le roi Charles III, a laissé entendre que ce traité est inhumain. Voire, l’archevêque de Canterbury, le numéro 1 de l’église britannique, que nous avons approché, a eu la même réaction. Cette affaire est contraire à la morale. Un jour, peut-être, nous connaitrons le secret qui se cache derrière ce projet. Franchement, je commence à me poser cette question : qui dirige finalement ce pays ? Lorsque les hautes autorités du pays ont décidé du destin des choses et des gens, en l’occurrence la Cour suprême ayant déjà statué là-dessus, rien ne saurait plus justifier le maintien d’un statu quo qui se révèle intolérable !   

3. Selon vous, pourquoi Rishi Sunak continue de défendre le transfert de demandeurs d’asile vers le Rwanda ?

Je ne pourrai répondre clairement à cette question parce que je ne suis pas dans le secret de la gestion gouvernementale. Mais il y’a un élément qui, depuis un certain temps, commence à poser problème dans le pilotage de cette affaire par le gouvernement, au sein de la chambre haute et de la chambre basse. Jusqu’à ce jour, le Rwanda a déjà reçu plus de 140 millions £ pour préparer l’accueil des réfugiés. Chose étonnante, aucun de ces gens n’a foulé le sol rwandais ! Où va l’argent du contribuable britannique ? Cette question, nous sommes en droit de nous la poser. Et ça devient un gros problème pour le premier ministre britannique, car il ne sait pas justifier la destination des fonds débloqués par son prédécesseur pour cette affaire. 

4. Le gouvernement britannique a-t-il une dernière carte à jouer pour sauver son funeste projet ?

De toute manière, personne ne peut empêcher le premier ministre d’engager l’examen d’un traité. Il a le droit d’en engager autant qu’il veut. Mais ce processus doit respecter les règles en vigueur dans le pays. Il passe nécessairement par la chambre haute et la chambre basse. Nous, activistes des droits de l’homme, continuons à faire pression pour que tout ce qui s’y discute se fasse dans le respect des règles de l’art. Nous y veillons.   

5. Et quelles sont vos attentes par rapport à cette affaire ?   

Mon attente est que ce projet n’aboutisse pas, car mon souhait le plus profond est que la très bonne réputation dont jouit la Grande – Bretagne, en matière de protection des personnes persécutées, ne soit pas entachée par cette affaire. Toutefois, j’avoue que cette histoire de rapatriement des refugiés au Rwanda a sali la réputation de ce pays. J’espère qu’un jour elle va se terminer. D’ailleurs, le contexte commence à changer vu que nous nous approchons des élections générales. On verra qui sera le prochain premier ministre britannique. Aveuglés devant la réalité des faits de l’Histoire, les britanniques  commencent à en comprendre la portée, et les médias en parlent avec une acuité particulière. Heureusement. Aujourd’hui, tout le monde s’aperçoit que cette affaire cache de nombreuses réalités, et il faut en parler. La vérité finit toujours par éclater. Un jour, ça va se savoir.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France (Info27)

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