Congo Hold-up : Le clan Kabila a détourné l’équivalent de 250.000 ans de salaire moyen en RDC

Notre enquête révèle comment la famille de l’ancien président de la RDC a siphonné 138 millions de dollars des caisses de l’État, avec la complicité de la banque BGFI RDC, en particulier à travers une société-écran installée dans un garage.

D’ordinaire, ce sont les voleurs qui attaquent les banques. En République démocratique du Congo

(RDC), c’est une banque qui a aidé le clan du président Kabila à braquer l’État, par un hold-up hors du commun. Tandis que plus de 70% des Congolais survivent avec moins de 2 dollars par jour, Joseph Kabila et sa famille ont accumulé une fortune colossale au détriment de leurs concitoyens. C’est ce que révèlent Mediapart et ses partenaires du projet « Congo hold-up », grâce à la plus grande fuite de données jamais survenue en Afrique.

Joseph Kabila a dirigé d’une main de fer la République démocratique du Congo (RDC) pendant dix-huit ans. Propulsé en 2001 à la présidence à l’âge de 29 ans, à la suite de l’assassinat de son père Laurent-Désiré, le jeune homme s’est vite mué en autocrate, au fil d’un règne marqué par la répression, l’exécution et la torture de centaines d’opposants, et le trucage des élections. Il a fallu une intense pression de l’opposition et de la communauté internationale pour que Joseph Kabila accepte enfin de quitter le pouvoir après les élections de décembre 2018, deux ans après le terme de son mandat.

Joseph Kabila, ancien président de la République démocratique du Congo

(RDC) de 2001 à janvier 2019. © Simon Toupet / Mediapart avec AFP

Retiré dans sa ferme de Kingakati, à 50 kilomètres de la capitale Kinshasa, où il a aménagé un vaste parc animalier, l’ancien président a laissé à son successeur, Félix Tshisekedi, un pays toujours ensanglanté par les conflits armés, et qu’il a échoué à sortir de la misère. Malgré ses immenses ressources minières, le CongoKinshasa, ancienne colonie belge et pays-continent de 100 millions d’habitants, est le 6e pays le plus pauvre du monde et 175e sur 189 au classement de l’indice de développement humain de l’ONU. La moitié de la population n’a pas accès à l’eau potable et 90 % n’a pas l’électricité.

De leur côté, Joseph Kabila et sa famille ont accumulé une indécente fortune, estimée à plusieurs centaines de millions de dollars par une enquête réalisée en 2016 par l’agence Bloomberg.

L’argent des Kabila vient, en partie, de la corruption et du détournement de fonds publics. C’est ce que révèle à partir d’aujourd’hui le premier volet de notre enquête « Congo hold-up », qui s’appuie sur 3,5 millions de documents confidentiels issus de la banque BGFI, obtenus par Mediapart et l’ONG Plateforme pour la protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF). Ces données ont été analysées pendant six mois par dix-neuf médias internationaux et cinq ONG, coordonnés par le réseau European Investigative Collaborations (EIC) (lire ici).

Comme nous le détaillerons dans les prochains jours, les documents «Congo hold-up» montrent que l’ancien président Kabila, sa famille et ses proches ont reçu, avec la complicité de la BGFI, au moins 138 millions de dollars issus des caisses de l’État entre 2013 et 2018. C’est l’équivalent de 250000 ans de salaire moyen en RDC.

À cela s’ajoutent 33 millions de dollars déposés en liquide et 72 millions d’origine inconnue qui ont transité par le compte de la BGFI à la Banque centrale du Congo. Soit un total de 243 millions d’argent public et de fonds suspects encaissés par l’entourage proche de Joseph Kabila.

Comment fait-on pour détourner autant d’argent ? Il suffit de contrôler un établissement bancaire.

Cette banque, c’est la BGFI. La banque du président. Ou plutôt des présidents.

Basé au Gabon, le groupe BGFI, déjà cité dans plusieurs affaires de corruption, est très lié à la famille des présidents Omar puis Ali Bongo, qui en est actionnaire, mais aussi à l’autocrate du CongoBrazzaville, Denis Sassou Nguesso (lire ici).

Opérations acrobatiques, faux libellés, transactions antidatées : la filiale du groupe BGFI en RDC a fait preuve d’une incroyable ingéniosité financière pour aider le clan Kabila à s’enrichir, puis à couvrir les fraudes lorsque de premiers scandales ont éclaté à partir de 2016. Dans un entretien aux médias partenaires de « Congo hold-up », le patron de l’Inspection générale des finances, Jules Alingete, qui a enquêté sur plusieurs affaires impliquant la BGFI RDC, la qualifie de « banque mafieuse ».

Mediapart

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