À l’heure où le monde célèbre, chaque 7 juin, la Journée mondiale de la sécurité sanitaire des aliments, les principaux marchés de Kinshasa offrent un spectacle alarmant. Entre montagnes d’immondices, eaux stagnantes, étals improvisés et denrées alimentaires vendues à même le sol, la capitale congolaise est confrontée à une réalité qui interroge sérieusement la qualité sanitaire des aliments consommés quotidiennement par des millions d’habitants.
Du marché du Rond-point Ngaba aux marchés de Zigida, en passant par les nombreux marchés pirates de Selembao, Makala, Matete ou encore certains espaces marchands spontanés installés le long des avenues de la capitale, le constat est souvent le même : les aliments côtoient les déchets dans une promiscuité inquiétante.
Dès les premières heures de la matinée, les vendeurs s’activent pour attirer les clients. Des légumes, des fruits, du poisson fumé, de la viande et diverses denrées de première nécessité sont exposés sur des bâches usées, des cartons ou directement sur le sol. Autour, les mouches pullulent. Des caniveaux bouchés dégagent des odeurs nauséabondes tandis que des tas d’ordures s’accumulent parfois à quelques mètres seulement des produits destinés à la consommation.
Au marché du Rond-point Ngaba, véritable carrefour commercial qui dessert plusieurs communes de Kinshasa, les commerçants dénoncent une situation qui ne cesse de se détériorer. Certains accusent les riverains de transformer les alentours du marché en dépotoir nocturne. D’autres pointent l’insuffisance des opérations d’assainissement et l’absence d’une gestion efficace des déchets.
Le même décor se répète dans plusieurs marchés de Zigida et dans les marchés pirates qui prolifèrent dans certaines communes de l’ouest de la capitale. Là, des vendeurs installent leurs marchandises sur des espaces non aménagés, souvent dépourvus de dispositifs d’hygiène de base. Les aliments sont exposés à la poussière, aux eaux usées et à toutes sortes de contaminations susceptibles de mettre en danger la santé des consommateurs.
Pourtant, derrière cette insalubrité devenue presque banale se cache une menace sanitaire majeure. Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 600 millions de personnes contractent chaque année une maladie d’origine alimentaire à travers le monde. Les intoxications alimentaires, les infections bactériennes, le choléra ou encore la fièvre typhoïde figurent parmi les risques les plus fréquents dans des environnements où les normes d’hygiène sont négligées.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que la République démocratique du Congo traverse déjà une crise alimentaire sans précédent. Plus de 26 millions de personnes éprouvent des difficultés à satisfaire leurs besoins alimentaires de base. Dans ce contexte, la qualité sanitaire des aliments devient un enjeu vital. Pour de nombreuses familles, trouver de quoi manger constitue déjà un défi quotidien. Être exposé à la maladie à travers cette nourriture représente une menace supplémentaire.
Les enfants demeurent les premières victimes de cette réalité. Fragilisés par la malnutrition et les conditions de vie précaires, ils sont particulièrement vulnérables aux maladies liées à la consommation d’aliments contaminés. Les structures sanitaires de la capitale enregistrent régulièrement des cas de maladies diarrhéiques et d’autres infections directement liées à l’insalubrité du milieu de vie.
Face à cette situation, de nombreuses voix appellent à une réaction urgente des autorités urbaines. Les habitants réclament davantage d’opérations d’assainissement, un encadrement rigoureux des marchés ainsi que la fermeture des dépotoirs sauvages qui prolifèrent dans plusieurs quartiers. Les spécialistes de la santé publique insistent également sur la nécessité de renforcer les contrôles sanitaires et de sensibiliser les commerçants comme les consommateurs aux bonnes pratiques d’hygiène.
La Journée mondiale de la sécurité sanitaire des aliments rappelle que chaque aliment consommé doit être une source de vie et non un facteur de maladie. À Kinshasa, cette exigence apparaît aujourd’hui comme un défi majeur. Car derrière les étals envahis par les mouches, les aliments vendus à même le sol et les montagnes d’ordures qui entourent certains marchés, c’est toute la question de la santé publique qui se joue. La lutte contre l’insalubrité n’est plus seulement une affaire d’esthétique urbaine ; elle est devenue une urgence sanitaire pour une ville de près de vingt millions d’habitants.
NGK





